La Lune étoilée (6)

La Lune, en signe et en maison, est l’élément clé de l’interprétation d’un thème astral.

Littéralement.

En tant que symbole, elle ouvre la compréhension de la vie psychique de l’être humain en tant que genèse de individualité. Elle symbolise la graine fertilisée qui s’implante dans le terreau que représente la tradition culturelle, familiale, communautaire et sociale du moment. Au fond, il est ici question du monde d’en bas, chtonien, souterrain, invisible et fondateur, somme de tous nos passés. Le Moi y développe ses racines qui vont le nourrir et constituer l’ancrage qui va permettre à la partie supérieure, le tronc et les branches, de se développer. L’être humain est tout comme un arbre comme le souligne l’astrologie celtique qui, plutôt que de signes, découpe l’année en 21 essences d’arbre. Précisons que, vu qu’il n’est pas question d’astres, je sais pas pourquoi on appelle cela astrologie. Pour autant, il devait exister une astrologie celtique puisque les druides se préoccupaient beaucoup d’astronomie et d’un ciel qui, comme chacun sait, pouvait nous tomber sur la tête. De tradition orale, ce savoir s’est perdu.

Cette vie psychique est en partie celle de l’inconscient, qui peut, selon les individus, être en partie ou totalement invisible. Les signes de terre et d’eau, à la différence de ceux d’air et de feu, vont entretenir une proximité plus importante avec cet aspect de la nature humaine. Elle regroupe ainsi tous les affects et les émotions. Comme la sève, ils vont nourrir le mental et la vitalité.

Tout important qu’il soit, il ne faut oublier que ce royaume ténébreux est en relation d’échange avec le monde ouranien, d’air et de feu. Il est bien question, ici, de polarité, une dualité sans duel, si bien mise en évidence dans la représentation graphique du Yin et du Yang. Notre occident, lui utilise les termes de positif et négatif, tout comme le courant électrique et les échanges atomiques. Mais ces mots sont aussi des adjectifs qui froissent le sens. Le langage utilisé montre clairement que les critères pour le définir sont empreints du sens du bien et du mal, répartis en deux opposés contradictoires dont l’issue est la victoire de l’un sur l’autre.

Pour moi la morale est une conduite basée sur un choix, qui ne va pas de soi, qui n’est pas naturel. Il n’est pas lié à une réalité intrinsèque. C’est un acte à poser et à construire. Être humain fait partie d’un futur qui cherche à s’incarner. C’est un acte qui émerge nécessairement de la relation avec notre part « sombre ». L’exclure, c’est lui donner du pouvoir. Et elle n’en n’a nul besoin car sa puissance est immense, mille fois supérieure à toutes autres forces. Une part animale, instinctive, et fascinante mais qui appelle également la lumière, la raison, le discernement, l’écoute, l’attention et l’amour. Le mal de ce siècle est tout entier contenu dans cette fracture bipolaire. Et les termes de masculin et de féminin ne sont pas là pour arranger les choses. Un patriarcat qui a figé les choses, en proposant une caricature de la Lune.

Car la Lune est matricielle, tout comme l’œuf cosmique qui donne naissance au monde dans beaucoup de traditions. Notez bien que dans un œuf, le jaune est au centre, comme un soleil intérieur, le blanc nourricier tout autour, tous les deux enchâssés dans une coquille protectrice. Pareillement, la femme possède une image intérieure du principe masculin, ce que Jung appelle aussi l’Animus. Il peut être une projection non consciente, mais il est aussi, un principe final qui aspire à la lumière.

Et tout cela est tellement conditionné culturellement dans notre occident qu’une partie de la vérité sur la femme s’est perdue. C’est pourquoi réfléchir sur son symbole permet tout à la fois de prendre du recul et aussi de se ré-ancrer dans des traditions proches ou lointaines où l’image de la femme est différente. Un symbole va plus loin que le sens strict et l’image. Il est un langage poétique et raisonné qui, comme un hologramme, permet d’ajouter de la dimension, de la profondeur au concept.

Ainsi ce qui a été oublié est la nature cyclique de la Lune, de la psyché, du Moi. Quatre phases qui se répète et qui révèlent que toute entropie mène à la possibilité du renouvellement. Une Lune Noire, nouvelle lune, qui croit jusqu’à son firmament pour redescendre ensuite. Les femmes sont ainsi faites, la nature est ainsi faite. Il n’y a pas de dualité mais un processus d’évolution et d’involution. La matrice n’est pas ceci ou cela, elle est tout cela. Et au delà de la femme, c’est toute notre vie psychique qui est ainsi. Elle est un système premier, possédant ses propres caractéristiques mais qui n’a pas pour vocation de fonctionner uniquement pour lui-même.

De plus nous n’avons pas avec la psyché de temps linéaire. Le passé, mémoire ou souvenirs, est accueilli dans un présent qui dure tout le temps et dans lequel le futur s’invite sous formes de projections ou de prédictions. Un éternel retour qui définit la personne subjective, le « moi, je … ».

Cette subjectivité peut tout aussi bien alimenter la raison, l’esprit, pour engendrer le génie créatif, et tout autant la réfuter, faisant de l’opinion une connaissance. Les vrais fous tiennent la place publique tandis que l’anormalité alimente les asiles et les camisoles chimiques. Un paradoxe qui ne tient encore aujourd’hui que par la rhétorique qu’il utilise, faisant des mots des armes létales.

Car la subjectivité de tout être humain est engrammée dans l’Imaginaire, le blanc d’œuf.

En neurophysiologie, l’engramme est la trace biologique de la mémoire. Alfred Fessard, l’un des fondateurs de la neuroscience en France, disait que « le rôle de la mémoire est de favoriser l’adaptation des êtres vivants à leur milieu, ce qui aboutit à constituer en eux une sorte d’image ou de modèle interne de l’environnement. »

C’est cette imagerie interne que j’appelle l’Imaginaire. En ce sens, il dépasse l’imagination. Elle est cet outil dont l’Imaginaire dispose pour créer du lien entre plusieurs types d’informations qui prennent alors la forme de récits, de mythes ou d’idéologies. C’est le moyen que le Moi utilise pour se constitue une réalité dans laquelle il pourrait ou voudrait vivre. Cela va du fantasme primitif au plan de carrière, de la fiction pure jusqu’au réalisme strict.

Il n’y a pas de réalité en dehors de la personne qui la vie car le réel existe parce qu’il est perçu. Qu’il puisse exister en totale autonomie en dehors de la conscience n’a aucun sens véritable. Peut être que oui. Peut être que non. Un vide qui fout les chocottes pour un occidental.

Faites avec moi ce petit jeu qui consiste à peler le monde comme un oignon.

Imaginez un monde ou l’espèce humaine aurait disparu. Comment serait le monde pour une girafe, une abeille, une chauve-souris, un pang…. ? Odeurs, sons, vue. Autant de perceptions qui créent toute une flopée d’univers.

Puis enlevez totalement le règne animal. Le monde perçu par une orchidée, une algue, un genévrier, …

Encore une couche pour ne garder que le minéral. Mais la pierre n’a pas de conscience, on le sait. Bien que … J’ai fait personnellement une expérience qui m’a troublé à ce sujet.

Descendons encore pour ne garder que les molécules. Puis les atomes, les protons, les quarks, les …. En fait qu’y a t-il tout au bout ?

On s’aperçoit que le monde existe parce qu’il est conscientisé, donc perçu, approché, sans que la réalité ultime puissent être totalement objectivée. C’est cela que l’orientalisme appelle le Maya, sujet principal du film Matrix. Un concept qui ne formule pas une opposition entre sens et concret, mais qui précise que la conscience est le seul outil pour mesurer le monde. Cela souligne le rôle majeur de la subjectivité. Le Moi est central : je, tu, il, nous, vous, ils.

La conscience n’est pas seulement analytique. Elle est aussi vivante, émotionnelle et sensitive. Quatre éléments que l’on retrouve dans le potentiel créatif du Moi et qui se déploie dans sa structure interne, presque fœtal en somme mais pas inactive. Voilà ce que j’appelle Imaginaire.

Dans ce processus, il n’y a pas de différence de nature entre une fiction sur écran, pour le spectateur, le sujet, et un cinéma intérieur. Dans tous les cas, on met en route une imagerie qui nous donne prise sur un réel totalement subjectivé.

Il y a ce moment où, faute d’attention, d’écoute et d’amour, on troque son costume quotidien dans une cabine d’essayage ou téléphonique pour se changer en Wonder Woman ou Superman. C’est la figure du Héros si caractéristique du Cancer et donc de la Lune. Être une célébrité, ne serait-ce que pour un jour, dit la chanson. Le succès des réseaux sociaux vient, en partie, de ce besoin d’être sous les feux de la rampe. Ce besoin d’être remarquable, pas forcement remarqué d’ailleurs, se déploie dans l’Imaginaire, là où le réel va se ployer à notre convenance, sans résistance. C’est la pensée magique par laquelle les choses sont crées ex-nihilo, par la seule force du désir ou de la volonté. La matière, dans cet espace, devient servante, désirs et réalités sont à l’unisson.

Ainsi tous les récits, quel qu’ils soient, contes, mythes, scientifiques, politiques, idéologiques, artistiques, … nourrissent au sein notre Imaginaire d’être comme. Une identification qui proclame la souveraineté du Moi.

Tant que cet aspect de la conscience ne sera pas pleinement pris en compte dans la nature humaine, il existera une faille qui peut être exploitée par des systèmes coercitifs. Car ce besoin est aussi un levier pour nous ramener au sein du troupeau. Les discours publicitaires et politiques, par exemple, s’ils ne sont pas attachés à un réel désir de prendre soin des autres, vont introduire des conditions, des critères, auxquels il faudra souscrire pour obtenir ce dont ne peut se passer le Moi : être quelqu’un, en lieu et en place. L’égo est séduit par la promesse d’exister dans un futur proche, immédiat même, à la condition de souscrire aux moyens que l’on cite pour être obtenu.

Reprendre son pouvoir personnel passe par la requalification de l’objet en sujet. Au départ, nous sommes notre propre source. L’intériorité prévaut sur l’extérieur. Le Soi, le jaune d’œuf, est l’auteur, le Moi tient la plume.

Tout cela est inclus dans un processus matriciel qui va donner naissance à sa propre histoire. C’est une genèse, une génération, source de continuité et d’innovation. Et dans ce processus, il y a toujours une confrontation avec l’Ombre. Nemesis, Méduse, le Kraken, le Minotaure, Satan, Gengis Khan ou Hitler, les figures que prend l’Ombre sont pléthores. Elles nous rappellent, tout comme la nouvelle lune, qu’il y a ce moment, où dans ce noir qui devient total, se meuvent des monstres.

Car dans l’Imaginaire se tapit le plus puissant des terribles, la peur elle même. Et l’on peut glisser facilement, sans même s’en rendre compte, d’un « j’ai peur » à un « je suis peur ». C’est bien ce qu’il se passe avec le sars cov 2 actuellement. La covid a changé de forme dans nos esprits, de dangereux il est passè à monstrueux. Une qualité qu’il a obtenu par l’amplification du danger au point d’adopter la plus inefficace des stratégies qui soit : la fuite. En refusant la confrontation, on perd le dialogue. Et ce n’est qu’avec lui que l’on peut construire une solution. En jetant de l’huile sur le feu, les différentes autorités accomplissent leur instinct de prédation afin de préserver leurs intérêts propres, quel qu’ils peuvent être, légitimes ou non. La dualisation du débat détruit la polarité. Elle affirme que la vérité est détenue par une seule des composantes.

En même temps, la confrontation n’est pas elle même suffisante. Elle est comme cet élastique que l’on place autour de deux doigts. En écartant ceux-ci, on ressent immédiatement la tension, jusqu’au point de rupture où l’élastique va claquer. La confrontation, c’est l’intervention d’un troisième terme, un doigt qui va prendre le milieu de notre élastique pour le tirer vers le haut. On a ainsi un triangle, une trinité qui aura une tension forte sur les deux doigts sans pour autant rompre. Mais on peut aussi tirer vers le bas.

Le bas, le haut, le mal, le bien. Il est facile de faire de cette trinité une question morale et donc de l’assujettir aux intentions. Pourquoi pas un despote, s’il œuvre pour le bien général ? Pour notre propre bonheur. Mais dans ces cas, il apparait qu’au bout d’un moment ce bonheur devient insoutenable. A l’inverse, en cas de tyrannie, par exemple, le malheur peut se changer en bonheur si l’on renonce à son individualité. Dans tous les cas, c’est au Soi , le jaune d’œuf, que l’on renonce à prendre en charge soi même.

En fait, cette structure pyramidale ne peut se résoudre, à l’échelle collective que dans la figure du carré. Deux axes qui se croisent en leur milieu, chaque extrémité étant reliée par une ligne. Le carré comprend également deux triangles. Là, l’enjeu est de taille et ne peut être accompli par l’homme qu’en tant que race. C’est pas pour tout de suite. Il reste encore à réaliser un triangle parfait, ou plutôt deux.

Le triangle lunaire pointe vers le bas, l’Ombre, la peur. C’est la coquille de l’œuf. Le Moi a besoin de se protéger par nature, et à cause de la nature. C’est le rôle de l’égo, l’instinct de vie. Nier le danger est inconscient, lui tourner le dos l’est tout autant. Mais on associe quelquefois trop rapidement le danger et la peur. Si le danger peut résulter d’une simple analyse factuelle, la peur est une loupe. Elle peut grossir l’objet qui la motive au point de dépasser la limite du raisonnable. Et parce que la peur est en contact avec l’Imaginaire, l’altérité se voit dotée d’une puissance néfaste disproportionnée. Le loup, le requin, le juif. Tout ce que l’on connait mal, jusqu’à l’inconnu lui-même, peut menacer la sécurité infantile, maternelle du Moi. Le mal se personnifie au point d’acquérir une stature identitaire négative absolue, liée au désir d’une sécurité totale. En politique, un état sécuritaire finit par enchâsser la peur dans son système de fonctionnement. Prendre soin cède la place à la protection, à une logique de contrôle qui va prôner l’irresponsabilité individuelle au profit de la responsabilité collective. Cette logique va alors créer de toute pièce un territoire parfait, paradisiaque en somme, un nid que l’on va extraire du courant mortel propre à la vie pour le mettre sous un dôme isolant. A terme, on pourrait dire que dans les sociétés les plus avancées, mourir n’est plus une option.

En définitive, c’est notre mortalité qui est en question dans cette pyramide noire, inversée. La mort comme racine de toutes peurs. Notre culture occidentale moderne se définit de plus en plus comme un corps qui ne veut plus prendre de risque. Ne reste plus que la notion de pari, un jeu qui se fait au-dessus des abysses, tel un funambule, avec la peur de la chute.

Les profondeurs de l’âme sont abyssale. Il faut du courage pour oser y descendre ! Peut être. Mais on ne grandit pas sans se confronter à l’hydre de Lerne, au gardien du seuil. Vaincre le dragon. Ce n’est pas la victoire qui compte, mais le combat à mener, car la noirceur restera ce qu’elle est.

Et puis, qui sait ce qu’il y a derrière la mort elle même.

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