Chaos (0)

Dans l’antiquité gréco-romaine, le chaos est la personnification du vide primordial, antérieur à la création, au temps où l’ordre n’avait pas été imposé aux éléments du monde. C’est le tohu bohu, le désert et le vide, de la Gènèse. « La terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abime ». Le chaos a ici une valeur négative, symbole de l’indifférenciation, de l’inexistant, de toutes les possibilités même les plus opposées. C’est aussi la devise maçonnique « Ordo ab chao », la création à partir du néant.

Dans la cosmogonie égyptienne, le chaos est la puissance du monde informe et non ordonnée qui entoure la création ordonnée comme l’océan entoure la terre. Il existait avant la création et coexiste avec le monde formel. Il s’apparente à une immense enveloppe, immortelle réserve de forces dans laquelle les formes se dissoudront à la fin des temps. Noun est son nom, père des dieux, du soleil, des hommes et de toutes choses. Il donnera naissance à Ré, plus grand et plus puissant que son créateur.

Pour la tradition chinoise, il est un espace homogène, antérieur à la division en quatre horizons qui équivaut à la création du monde. C’est la base de toute organisation du cosmos. Ainsi, être désorienté, c’est rentrer dans le chaos. On ne s’en sort que par l’intervention d’une pensée active, qui tranche et découpe dans l’élément primordial.

Pour les Celtes, le chaos est symbolisé par les Fomoires, des créatures maléfiques et noires qui peuplaient l’Irlande avant toute occupation humaine. La vie et la science sont issus du chaos, et Delbaeth (forme) est à la fois père de ces créatures et de tous les dieux celtes.

Pour la pensée moderne, le chaos perd sa fonction de création. Il précède la formation de l’inconscient, une proto matière indifférenciée, informelle, totale passivité. Il symbolise la déroute de l’esprit humain devant le désordre. Il est une chute, un retour en arrière, un appauvrissement du sens au profit de l’irrationnel, de l’insensé. Il est littéralement hors de la loi, anarchique.

Pour parachever cette description, faisons un petit tour du coté de l’astrophysique avec la théorie du Big Bang.

Elle aussi raconte la naissance de l’univers. Celui-ci est, au départ, il y a 13,7 milliards d’années, tout entier contenu en un unique point, un condensé d’énergies colossales, une singularité qui aurait, à un moment T, explosée pour occasionner les premiers échanges atomiques, aboutissant aux molécules, les briques de toute matière.

En 1900, Max Planck introduit cette idée qu’il existe une limite indépassable, comme un mur, à la description de l’univers. Cette limite est une longueur ultime, la plus petite distance mesurable entre deux points de l’univers, soit 10 puissance -33 cm. Cela fait 0,000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 001 cm.

C’est assez petit.

En deçà de cette limite, il n’est pas possible d’avoir une notion quelconque de ce qu’il y a, physiquement parlant. Ce qui fait que la naissance atomique, l’instant T du Big Bang, peut être approché mais jamais connu.

Ce moment T, à l’origine du monde désigne également le Chaos, mais est ici débarrassé de toute notions qualitatives et morales.

Les physiciens précisent également que cet instant T est en fait hors du temps. Il échappe à la connaissance en tant qu’objet parce qu’il n’a ni durée, ni état. Il n’est littéralement rien avant d’avoir explosé, juste pure énergie. En somme, un néant, un vide qui recèle toute l’information informulée du futur monde physique. Il serait comme un point de lumière, si petit qu’il est invisible, explosant au moment même ou l’on se rend compte de sa présence.

Ceci est le Chaos. Il est présent dans la plupart des récits fondateurs. Il est ce point cosmogone à partir duquel la genèse du monde est possible, un point zéro précédant l’unité, antérieur à toutes choses.

Et étant hors du temps, on peut penser que d’une certaine manière, il existe encore aujourd’hui. Il était là hier, il sera là demain, éternel et infini. Il est également toutes les informations de tous les univers possibles, dans leurs états potentiels, non formulés.

Hésiode, au VIIIe Siècle av JC, auteur d’une théogonie qui a jouée un rôle fondateur dans l’élaboration de la mythologie grecque, résume le propos en disant que le chaos original préexistant à l’univers est une entité renfermant l’ensemble des éléments à venir, mais mélangés.

Imaginez un instant la puissance du machin. On comprend alors que le chaos ne peut être manifesté dans sa totalité : il réduirait le monde en cendres. Il est le préalable à toutes manifestations mais ne peut être réduit à celles-ci. Une essence pure qu’on ne peut appréhender physiquement, émotionnellement, intellectuellement qu’aux doses que l’esprit peut assimiler. On n’en connait que le contour.

Le Chaos, ou chaos, n’est pas une notion anodine, un concept ou un moyen astucieux pour expliquer le monde. Tout au long de mes explorations, de ma quête de et dans l’âme humaine, j’ai pu constater sa présence dans toutes choses. Seulement il a cette qualité de l’évidence qui fait que, bien souvent, on ne le remarque pas. C’est l’attention qui donne une réalité au choses. L’inattention, c’est l’effacement de la chose de l’espace du réel.

En ce qui concerne l’astrologie, je me suis aperçu (Perseverer : percer et vous verrez) que chaque signes et maisons, chaque planètes étaient adossés à ce Chaos. C’est pourquoi j’insiste sur cet élément. Il introduit également le fait que c’est le récit, le verbe, qui donne une surface aux objets. Celui-ci n’a pas besoin d’être totalement inscrit dans la raison, l’imaginaire tient une place importante. Il est en fait la première manifestation. L’imaginaire redonne une place centrale au Moi. Nous nous bâtissons à partir d’un scénario, d’un récit fondateur que l’on écrit en permanence. Il est cette tapisserie que Pénélope tisse la journée et défait le soir venu : toujours en cours, jamais totalement achevé. Pour le Moi, c’est la vraisemblance qui est le plus important, pas la véracité. Toutefois, le Soi a besoin de plus de consistance, d’épaisseur pour intégrer l’histoire Humaine.

L’astrologie est un moyen pratique pour comprendre le Moi, le Soi et l’Ego. Elle est ce récit, cette cosmogonie extérieure et intérieure qui fait de l’âme non pas un objet, mais une architecture, un temple, une cathédrale.

Mais j’anticipe. Nous verrons cela pas à pas.

Maintenant, à ce point, relisez. Recommencez la lecture du début.

Vous comprendrez alors en quoi, temps et récit se conjuguent pour ouvrir les portes de la compréhension.

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